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Dédier sa pratique, ou comment tenter de sortir de l'égo

  • Photo du rédacteur: Eloïse
    Eloïse
  • 13 févr.
  • 4 min de lecture


Mardi soir dernier, aux alentours de 19 heures, je décide d'aller pratiquer sur le tapis. Je m'installe confortablement, dehors la nuit est déjà tombée. Je déroule mon tapis, je garde à proximité briques et coussin et j'allume une lampe de chevet pour un effet tamisé et apaisant. Il est plutôt rare que je pratique le soir, d'autant plus un mardi. En temps normal, c'est moi qui guide les pratiquantes le mardi soir. Et le fait de m'offrir ce temps à moi-même, celui que je donne habituellement aux autres, m'emplit de joie et de douceur.

Non pas que je n'apprécie pas donner cours, bien au contraire. Mais pouvoir me dédier ce temps, précisément, m'a apporté une sensation de réconfort.


Je me lance dans ma pratique : travailler ma présence, ma concentration, la disponibilité de mon corps et la fluidification de mon énergie grâce aux asanas. Je me tourne vers moi-même. Tout au long de la pratique physique, je tente de me relaxer sur mes attentes de résultat post tapis qui sont inévitablement là. A terme, j'espère pouvoir arriver sur le tapis exempt de toutes attentes, simplement active à l'intérieur du processus Yoga. Mais cela n'est-il pas déjà une attente de résultat ? Un objectif que je souhaite atteindre et qui me pousse sur le tapis ?

Quoi qu'il en soit, ce travail prend de la place sur mon tapis ainsi qu'en dehors, dans ma vie. De manière générale, dans nos vies, nous poursuivons constamment des objectifs, plus ou moins gros. Nous cherchons à évoluer, à devenir meilleur dans tel ou tel domaine, nous voulons accomplir certaines choses. Nous nous levons chaque matin et continuons malgré nos difficultés pour obtenir quelque chose, matériel ou non. Pour combler le vide, peut-être. Selon Blaise Pascal, dans "Les Pensées", l'être humain cherche constamment à se divertir pour éviter de faire face à sa condition de mortel, à l'angoisse de la mort, au vide intérieur, ainsi qu'à sa misère existentielle. S'il s'arrête et qu'il se retrouve face à ces réflexions, cela lui serait insupportable.


Nous avons toutes et tous une raison de venir sur le tapis. Nous sommes toutes et tous en recherche de quelque chose.

Ce mardi là, après 45 minutes de pratique totalement centrée sur mon être, je terminais par une assise. Respiration, sensation de mon axe érigé entre terre et ciel, mains jointes devant le cœur. Je ne bouge plus, je me souviens de l'espace dans lequel je me trouve. Cela me rappelle que je ne suis pas seule. Je fais partie du monde avec lequel j'interagis pratiquement en permanence. Cela m'amène directement au souhait de chanter "OM, Shanti, Shanti, Shanti".

Le premier Shanti pour la paix envers moi-même, le second pour la paix pour les autres, le dernier pour la paix pour le monde.

Je m'incline vers la terre, en signe d'humilité, et là me revient automatiquement une intention non pratiquée depuis plusieurs mois : dédier ce temps, cette pratique, cette énergie manifestée au Vivant, à la Terre. Ma vision interne s'ouvre immédiatement. Mes pensées vont vers certaines personnes, puis vers un énorme groupe d'individus. Je pense aux animaux, au vivant, à la nature. Cela ne dure que quelques secondes, mais cela suffit à me faire prendre conscience du caractère parfois égotique de la pratique du Yoga.


Bien entendu, les intentions ne sont jamais mauvaises. De manière générale, on cherche surtout à se faire du bien, à se sentir mieux dans son corps et avec son mental. Et nous en avons besoin ! S'il y a un mal-être, si nous ne sommes pas centrés, assis en nous-même, il nous sera d'autant plus difficile de trouver une belle ouverture sur le monde.

Mais parfois, il arrive que nous restions uniquement sur ce processus d'évolution personnelle. Et parfois, ce processus s'accompagne d'une volonté performative.

Le risque est d'entrer dans une activité physique qui viendrait booster notre égo au fur et à mesure des progrès réalisés dans telle ou telle posture. Ce risque existe aussi dans la pratique de la méditation : plus on arrive à un degrés profond de concentration, plus on pense savoir méditer, avoir (tout) compris et être plus éveillé que les autres.


Or, le Yoga est une voie nous permettant, à terme, de nous libérer de l'égo. Il nous permet d'accéder à une vision juste grâce à l'élimination des couches superficielles masquant notre conscience. Se pose alors la question du "Pourquoi?". Pourquoi est-ce que l'on pratique ? Et qu'emmenons nous hors du tapis ?


De mon côté, cette clôture de pratique m'a permis une belle piqure de rappel. Pour tenter d'endiguer le processus égotique de la pratique sur le tapis qui se met en place très rapidement, souvent sans que l'on s'en rende compte, je choisis de dédier ma pratique.

Je choisis de l'ouvrir, de la donner.

Je dédie ce temps de présence au Vivant, au Grand Tout. Cette intention m'est personnelle, et chacun peut la dédier à ce en quoi il croit. Et pour ce faire, prenons le temps de nous centrer en nous-même.


OM, Shanti, Shanti, Shanti



 
 
 

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