Est-ce qu'être engagé sur la voie du Yoga et suivre la coupe du monde de foot est compatible ?
- Eloïse

- il y a 4 jours
- 3 min de lecture
J'arrives certes un peu tard sur ce sujet, la coupe du monde de football étant pratiquement terminée. Mais c'est justement pendant sa diffusion que la réflexion qui va suivre s'est renforcée en moi. J'avoue avoir été interpellée de voir des professeurs de yoga suivre assidûment la coupe du monde.
Bien sur, nous sommes toutes et tous remplis de contradictions et de paradoxes, et nous vivons intégrés à une société. Ceci dit, je crois aussi que moults de choses dans nos modes de vies relèvent de choix plus ou moins conscients, et il m'importe, personnellement, de trouver plus de conscience.
A force de voir les stories Instagram s'enchainer, une première relatant d'une pratique de Yin Yoga, puis une seconde, postée 10 minutes plus tard, encensant la compétition, la question de la compatibilité entre la voie du yoga et la coupe du monde s'est imposée à moi. Je ne m'étais jamais posé la question avant, j'avais toujours boycotté cet évènement assez naturellement. D'abord, il est vrai, par question de goût, puis par l'impact humain, écologique, économique de cette manifestation.
Cette coupe du monde 2026 est à mes yeux encore plus problématique que les précédentes : il s'agit de celle de Donald Trump. Restrictions d'accès aux Etats-Unis pour le Sénégal, la Côte d'Ivoire ou la République Démocratique du Congo (les fans ont été bannis du territoire), journalistes bloqués faute de visa, fouilles des joueurs sur le tarmac même, expulsion d'un arbitre somalien...
Ecologiquement, c'est deux fois plus d'émissions de CO2 que la coupe du monde 2022 au Quatar (selon Société Greenly).
Il y aussi tous ces joueurs accusés de violences sexuelles, de viols, dont les affaires sont en cours ou qui ont été classées sans suites ou acquittées. Ces affaires sont peu voire pas relayées par les médias, comme si être un joueur de foot offrait par la même occasion un passe-droit grâce à leur popularité.
Je ne cite que ces trois grandes lignes des énormes problématiques de cet évènement, mais la liste est encore longue. Ces informations sont très faciles à trouver par une simple recherche internet, ce qui m'amène à penser que suivre cette coupe du monde est un choix personnel conscient. Même si l'on ne cautionne pas ce qui est mentionné plus haut, être engagé dans la diffusion des matchs et/ou consommer les produits dérivés est une forme de tolérance à l'égard de ces problématiques.
Lorsque l'on pratique le Yoga, surtout lorsqu'on l'enseigne, je crois que l'on porte un engagement, car le Yoga n'est pas les postures sur le tapis. Sans entrer dans le débat du Yoga "traditionnel" qui serait en conflit avec le Yoga moderne de nos studios occidentaux, on ne peut nier la philosophie du Yoga.
Pour cette réflexion, sans vouloir balayer absolument toute la philosophie yogique, il y a en premier lieu un pilier qui me vient à l'esprit et qui est d'ailleurs souvent exprimé sur les réseaux sociaux. Ahimsa, la non-violence. Souvent réduite au véganisme, Ahimsa est bien plus vaste. C'est un réel travail sur soi de conscience de nos paroles, de nos actes, envers les autres et envers soi-même. C'est peut-être la forme de respect la plus haute, de chaque vie, de tout ce qui nous entoure. C'est avoir une attention des plus fines possibles à ce que l'on nourrit. Il est difficile de se rendre compte de ce que l'on nourrit à chaque instant, intérieurement et extérieurement. C'est une véritable pratique. Loin de moi la volonté de prôner la perfection sur ce point, je crois d'ailleurs que le plus que nous puissions faire, c'est d'avoir l'intention de tendre vers Ahimsa.
Or, cette coupe du monde couvre un spectre de la violence ultra large. On a pu en entendre parler avant le lancement des matchs, puis c'est devenu quasiment invisible au profit du jeu et des résultats. Comme si l'on ne voulait plus voir ce qui fâche, et seulement se divertir, s'amuser sans culpabilité. Pour les acteurs de la manifestation, l'enjeu économique est évident.
Sans détenir de réponse absolue, cette dualité entre la coupe du monde de foot et la voie du Yoga me pose également cette question : quelle est notre part de responsabilité en tant que professeur de Yoga dans nos actes et choix, nous qui guidons nos élèves à notre échelle ?
Et, finalement, quelle est la mesure de notre engagement sur la voie du Yoga ?
Pour terminer, il m'importe de dire que je ne souhaite culpabiliser personne. Ces réflexions sont personnelles et le plus souvent faites à moi-même. Je boycotte la coupe du monde de foot, mais j'ai d'autres modes de consommation très discutables.
Je suis très curieuse de lire votre avis sur la question, que vous soyez engagés sur la voie du Yoga ou non :)




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